Avant même de savoir lire la musique, Manon Moemaers savait déjà quel instrument elle voulait jouer. À deux ans, ses parents lui proposent le violon, mais l'expérience est de courte durée. Ce qu'elle veut, c'est le piano. Á trois ans, sa mère Michèle Massina, pédagogue et chanteuse lyrique, commence à lui donner ses premiers cours. Le piano ne sera jamais un choix pour Manon. Il est là depuis le début, comme une évidence.
Son apprentissage grandit d'abord dans le cocon familial, bercé par la musique de ceux qui l'entourent. Puis la vie fait ce qu'elle fait : le divorce de ses parents l'amène à poursuivre son parcours à l'Académie Julien Gerstmans de Hannut, dans la classe de Vincent Mossiat. Ce passage représente bien plus qu'un changement de lieu : c'est la découverte du monde musical extérieur, de la diversité des parcours et des manières d'apprendre. C'est aussi là qu'un tournant décisif s'opère. Vincent Mossiat décèle chez elle un potentiel de compositrice et aménage un espace pour cette discipline au sein de son enseignement. Il pose ainsi les premières fondations d'un pan essentiel de son identité artistique.
La fin de son cursus académique se poursuit à l'Académie d'Uccle auprès d'André Grignard, où Manon développe une plus grande rigueur technique et obtient trois prix. Elle se présente ensuite au Concours Dexia Classics, où elle reçoit un premier prix en piano et un deuxième prix en composition. Cette expérience, au-delà de la distinction, éveille chez elle une réflexion de fond sur les critères de reconnaissance dans le monde de la composition en musique classique : certains courants musicaux sont-ils plus valorisés que d'autres par les structures en place ? Quelle diversité esthétique musicale est reconnue et réellement accueillie ? Ces questions l'accompagneront tout au long de son parcours et nourriront directement, des années plus tard, sa vision éditoriale.
Manon entame ses études supérieures au Conservatoire royal de Bruxelles, dans la classe de Dominique Cornil. L'expérience s'avère formatrice, mais le cadre pédagogique ressenti comme la formation de pianistes interprètes concertistes, ne correspond pas à son profil d'artiste- compositrice. Elle prend alors la décision de poursuivre ses études au Conservatoire royal de Liège, dont la structure pédagogique lui permet d'élargir son champ d'exploration: analyse musicale approfondie, direction d'orchestre, sessions d'orchestres, etc. Elle y perfectionne son jeu auprès de François Thiry et obtient deux Masters — l'un en piano, l'autre en piano d'accompagnement dans la classe de son père, Jean-Pierre Moemaers. Ce dernier cursus lui transmet l'art subtil de se mettre au service d'autres musiciens, une qualité d'écoute qui enrichit durablement sa pratique artistique.
En parallèle de ses études, Manon approfondit la composition et l'analyse musicale en cours privés avec Jean-Marie Rens, dont l'approche pédagogique qui s'est concentrée sur le développement de son écriture naturelle, a joué un rôle déterminant dans l'affirmation de sa voix créatrice.
Au fil de ces années, d'autres expériences viennent enrichir son univers. L'Orchestre de la Grande Région en 2012, sous la direction de Leonardo García Alarcón, lui révèle la puissance de l'union musicale — ce moment où un groupe de personnes, guidé avec passion et bienveillance, produit quelque chose qui dépasse chacun de ses membres. Son passage au sein du groupe de rock progressif "Mode Furtif" confirme, par ailleurs, une conviction qu'elle porte depuis longtemps : le piano peut tenir un rôle riche et complexe dans tous les genres musicaux, bien au-delà de l'accompagnement.
À la sortie du Conservatoire, Manon enseigne pendant trois ans à l'Académie de Hannut, une expérience qui nourrit sa réflexion pédagogique et lui permet d'observer de près les limites des programmes d'apprentissage traditionnels face à la diversité des profils d'élèves. C'est durant cette période qu'elle adopte le nom d'artiste MAM et sort son premier album : "La Danse du Diable", un ballet pour piano composé pendant ses études, accompagné d'un clip vidéo qu'elle réalise elle-même. Ce projet lui permet de remporter le concours Smart Ways et d'être invitée à Turin pour la Fête de la Musique 2016.
En 2019, elle publie son deuxième album, "Classical or Not? - Colours of Sounds", produit par Abyssin Productions sous le label MaineCoon Records. L'album explore les liens entre la musique et les couleurs au travers de la synesthésie, avec la collaboration de la flûtiste synesthète Marlène. Mais le titre porte en lui une question plus intime : celle de la légitimité. Manon ne se sent pas autorisée à inscrire sa musique dans la filiation classique, alors même que c'est là qu'elle se reconnaît.
Le confinement de 2020 ouvre une période de recentrage. Seule et confrontée à elle-même, MAM compose "Les Moments Présents", une série de vingt pièces courtes pour piano et piano- voix, enregistrées simplement et partagées librement. Chacune naît de l'instant, sans filtre. Dans ce geste simple, elle comprend quelque chose d'essentiel : elle a des choses à offrir. Donner et contribuer, c'est se retrouver.
Les années qui suivent imposent une pause. Des problèmes de santé, longtemps accumulés, obligent Manon à ralentir, à faire des choix difficiles, à se reconstruire. Cette traversée, aussi éprouvante que nécessaire, transforme en profondeur son rapport à elle- même, au temps et à la création. Elle en émerge avec une vision plus claire, plus alignée, plus durable.
En 2024, une formation en entrepreneuriat chez Azimut à Charleroi provoque un déclic déterminant. Manon réalise qu'elle n'est pas seulement artiste — elle est aussi entrepreneuse. Il lui manquait cette conscience-là, cette éducation plus ancrée, pour donner forme à ses idées. C'est le point de départ de "Pianomam", une entreprise pluridisciplinaire structurée autour de trois pôles : Pianomam Musique, Pianomam Pédagogie et Pianomam Stylisme.
Avec Pianomam Musique, elle développe un studio de production musicale spécialisé dans le piano ainsi qu'une Maison d'édition de partitions, spécialisée dans le piano, dédiée à la nouvelle musique classique — un espace éditorial ouvert à tous les courants, sans hiérarchie de style, conçu pour contribuer activement à l'écriture de l'histoire musicale d'aujourd'hui. Avec Pianomam Pédagogie, elle élabore une méthode moderne d'apprentissage du piano et de la musique, pensée pour répondre à la diversité des intelligences et des besoins. Avec Pianomam Stylisme, elle ouvre une Maison de couture en stylisme dédiée à la création de collections originales et de tenues sur mesure — répondant entre autres à un besoin qu'elle connaît intimement : celui des pianistes et artistes à la recherche de tenues de scène qui reflètent véritablement leur art.
En 2025, une prise de conscience plus intime encore la traverse. Pour la première fois, Manon se regarde vraiment — avec ses forces et ses blessures. De cette confrontation naît "La peine d'exister" ', un single de chanson française suivi de l'EP "Je crois en toi" : le récit d'une petite fille blessée qui grandit et finit par devenir l'adulte dont elle a besoin.
Aujourd'hui, en l'année 2026, elle prépare la sortie de son troisième album de compositions pour piano, "Classical it is" — un titre qui n'est plus une question, mais une affirmation. Avec Pianomam, Manon construit pas à pas une entreprise au service de l'épanouissement humain à travers le piano, la création, l'expression, le vêtement et un certain art de vivre. Non pas un empire, mais un espace. Celui qu'elle aurait aimé trouver, et qu'elle choisit désormais de bâtir.

© Gianni Vullo - full-stack développeur